Accaparée
Encore levée tôt ce matin et pourtant, c'est dimanche, zut ! Il n'y a pas que le boulot qui me turlupine, il y a la santé de mon père qui chancelle, il y a mon frère qui ne sait pas trop ce qui va arriver à son emploi car son bureau déménage dans une autre ville, il y a ma fille qui quitte bientôt avec son groupe d'Harmonie pour un voyage à Orlando. Bref, il y a tant à faire et à jongler. Le printemps est arrivé et j'ai l'impression que je ne le verrai pas passer. Il faut que je m'arrête, si ce n'est pas physique, ce sera mental. Faire le vide. J'ai eu deux excellents massages assez vigoureux, j'en avais des bleus sur les bras... J'ai débloqué quelques points de tension entre les épaules et la tête à tel point que mon cou vire bien vers la droite ce que je n'arrivais pas à faire avant. Et pourtant, j'ai l'impression d'avoir un assez bon contrôle, je ne perds pas la boule, je suis plus efficace qu'il y a quelques années, j'ai un bon jugement et je fais moins d'erreurs. Pourquoi suis-je si accaparée ? J'ai une personnalité calme du moins en apparence; je contrôle assez bien ma tension quoique dans le bureau du médecin, c'est une autre histoire. Quand j'ai besoin d'aide, je vais en chercher bien que plusieurs choses ne peuvent être accomplies par d'autres. Tout autour de moi, j'écoute et bien des gens discutent de cette vie qui file à 100 à l'heure, de ces tâches abondantes, de ce double emploi maison-famille, mais peu de gens me disent qu'ils sont heureux. Moi, je le suis ! Le mot est lancé... Quand je compare ma vie à celles de bien d'autres, je suis comblée. Je touche du bois espérant que mes enfants me survivront, souhaitant que mes parents ne souffriront pas trop le moment venu du départ, et je me plais à penser que je serai accompagnée fort longtemps car je me plais dans ma vie. J'aime avoir des projets, relever des défis, savoir que le lendemain sera fait de petits et grands bonheurs, connaître que ma destinée est déjà tracée mais que si je mets les efforts nécessaires, je peux peut-être la modifier légèrement. Mais c'est peut-être ça le secret du bonheur, être accaparée... Quand on l'est, on oublie de s'apitoyer sur son sort, on lit, regarde et écoute ce qui se passe ailleurs dans le monde, on compare et on apprécie. Être accaparée, c'est être informée, c'est être débordée et c'est respirer tout ce qui transpire ici et là. Être accaparée, c'est être nerveux tout en dégageant un calme stoïque. J'aime l'accaparement finalement car quand je végète, mon cerveau continue à bouillir. Et j'aurais tant de choses encore à faire : apprendre une nouvelle langue, un instrument de musique peut-être, lire tous les livres que j'ai mis de côté depuis des années. Voilà, je fais un pas puis un autre. J'avance tout en étant consciente qu'il est impossible de reculer dans ce momentum intense de la destinée. Alors, à demain peut-être !
